Second projet de loi de finances : ce sera pire que la crise de 2008

Share Button

Les prévisions de la seconde loi de finances rectificative confirment que la crise qui s’ouvre sera pire que la précédente. Le déficit public atteindrait 9 points de produit intérieur brut (PIB) et la contraction du PIB atteindrait 8 points.

Dans ses prévisions, le gouvernement table sur un rebond de la consommation qui suivrait le déconfinement progressif. Il y a cependant tout lieu de craindre que le rebond espéré soit moins important qu’espéré. Le retour à la normale s’annonce long et progressif. Par ailleurs, les comportements peuvent difficilement être prévisibles alors que planent de nombreuses incertitudes sur l’évolution de la pandémie. Enfin, les difficultés rencontrées par de très nombreuses entreprises provoqueront des liquidations judiciaires et une hausse du chômage. Les recettes publiques seront lourdement affectées, y compris la TVA, principale ressource de l’État. Il faut donc s’attendre à une actualisation des prévisions d’autant plus que les prévisions de cette seconde loi de finances n’ont a pas pu intégrer l’impact du prolongement du confinement.

Les difficultés se poursuivront en 2021. La baisse probable des revenus des ménages et les déficits qu’enregistreront de nombreuses entreprises et certainement le grand nombre d’impayés, sont autant de facteurs qui plomberont les recettes publiques. Les besoins sociaux pour leur part auront un impact certain sur les dépenses publiques et sociales. Il serait illusoire de penser qu’une baisse des déficits publics soit possible avant un certain temps…

Quoiqu’il en soit, la situation inédite impose des changements de grande ampleur pour éviter une crise d’austérité durable à l’échelle mondiale, à côté de laquelle le dramatique et récent exemple de la Grèce passerait pour un soubresaut. Or les discussions sur les Covidbonds montrent que ce risque est malheureusement très probable. De même, la proposition de créer une plate-forme de dons plutôt que de prendre des mesures fiscales d’urgence a de quoi interpeller.

Le « monde d’après » mérite mieux. Les politiques fiscales et les services publics occupent une bonne place dans les changements à opérer. Le désir de justice fiscale et sociale, déjà très important avant la crise, n’en sera que plus vif et légitime.

S’agissant de la Direction générale des finances publiques (DGFiP), particulièrement sollicitée dans la période pour la mise en œuvre des mesures de soutien à l’activité économique, la poursuite d’activité s’annonce compliquée. En outre, le Ministre a pris la décision d’un léger report de la date limite de dépôt de la déclaration des revenus, alors qu’avec le risque sanitaire, la réception du public n’est pas envisageable. Les populations ayant besoin de conseils « humains », notamment les populations fragiles en seront les plus affectées. Sur l’ensemble des missions, la charge de travail s’annonce durablement lourde. Le gouvernement doit donc stopper les projets de restructurations et de suppressions d’emplois qu’il préparait, pour ne pas affaiblir la DGFiP alors que tout montre qu’elle fait et fera face à d’importants défis dus à la crise tout en devant assurer ses autres missions.