Covid 19 et retraité-e-s : la double peine !

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Et pourquoi pas l’eugénisme tant qu’ils y sont !

Le débat a été ouvert publiquement par les médias télévisuels : « Fallait-il faire tout ça pour des vieux blancs malades ? » se demande l’éditorialiste de l’Opinion. Tel fut le thème d’une émission du 4 mai 2020 sur LCI.

Certains sujets doivent-ils faire l’objet d’échanges ou être combattus d’emblée quand ils sont ouvertement discriminatoires, xénophobes et, en l’occurrence, discriminants en fonction de l’âge ?

Et pourtant, à la suite de la déclaration de Christophe Barbier sur BFM : « pour sauver quelques vies de personnes âgées, on va mettre au chômage des milliers de gens », la tribune est ouverte pour certains éditorialistes qui s’en donnent à coeur joie : « fallait-il soigner les personnes malades du Covid19 en mobilisant des moyens matériels coûteux, en mettant à mal le capital avec le confinement puisque les malades du Covid19 seraient essentiellement les personnes âgées… ». Nous voyons tout de suite que les engagements du Président de la République du 12 mars « La santé n’a pas de prix, et le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires, quoi qu’il en coûte » ont été bien compris par ces stars des médias : le jour d’après sera pire que les jours d’avant pour le plus grand nombre.
Ils voient dans cette crise sanitaire et dans la crise économique qui va suivre de nouvelles opportunités d’accroître les privilèges de la minorité déjà privilégiée. Pour eux, la croissance continue des profits n’est pas négociable et nous avions déjà raison en criant dans les manifestations que « nos vies valent plus que leurs profits ».

Auraient-ils osé poser la question ainsi, si seuls les enfants de moins de 6 ans avaient été majoritairement victimes du COVID19 : doit-on les sauver aux dépens d’adultes actuellement actifs ? Évidemment, non !

Choix de circonstance ou circonstances d’un choix ?

Certains posent sans pudeur la question du « choix individuel » au lieu du « choix collectif » : la maladie et les décès concernent en majorité les personnes âgées, qui représentent un trop petit nombre pour cette mobilisation collective.

Ils répètent à l’envi que « la santé a un coût » comme si nous étions responsables d’avoir été malades, ils nous préparent à nous rendre fautifs du « trou » de la Sécurité Sociale et de son démantèlement.

Retraité-e-s, pas boucs émissaires !

Sans scrupule, ils montrent du doigt les personnes âgées, accusées d’être improductives. Au-delà de la stigmatisation des personnes âgées, ouvrir un tel débat, c’est mettre en question l’égalité des droits et leur existence même, tout en ouvrant d’ailleurs la porte à bien d’autres discriminations.

Nous devrions donc assurément nous culpabiliser de ne plus travailler, sans doute comme tous les autres improductifs, les « profiteurs » des aides sociales, les étudiants, les chômeurs, les détenus… tous ceux-là même abandonnés pendant la crise sanitaire. Mais jamais ces rigoristes des coûts ne nous parlent des profiteurs que sont les rentiers qui, depuis des lustres, vivent, très bien, du travail et de la peine des autres et qui, sans efforts, perçoivent leurs dividendes.

Les personnes âgées, soit isolées à leur domicile, soit prises en charge dans les EHPAD, ont été oubliées, laissant les personnels soignants et les établissements livrés à euxmêmes, sans moyen de protection et sans contrôle, pire avec des consignes où ils n’étaient pas prioritaires sur certains territoires pour l’utilisation de tests, pour les hospitalisations.

Il faut rappeler que les décès en EHPAD s’élèvent à 40 % du total des décès liés au coronavirus alors que les résidents représentent 1 % de la population ! Certes, et c’est normal, l’être humain a plus de risques de mourir à 95 ans qu’à 40 ans, mais ça n’explique pas l’explosion soudaine de décès dans ces établissements.

C’est bien l’impéritie de ce gouvernement et des gouvernements précédents, ajoutée aux politiques libérales de casse de l’hôpital public, qui a conduit à un manque de masques, un manque de tests, un manque de lits de réanimation, un manque de personnels. Et ces manques ont conduit, dans l’urgence, à décider d’un confinement très large, et parfois à des « choix » entre les patients qui allaient être pris en charge.

Le Canard enchainé révèle qu’une circulaire du ministère de la Santé datée du 19 mars « recommandait » de limiter fortement l’admission en réanimation des personnes les plus fragiles. L’assistance publique de Paris a appliqué rapidement ces suggestions : en 2 semaines, le pourcentage de personnes de plus de 75 ans en réanimation est passé de 19 à 7 %.

Ces discriminations ne concernent pas que la France, l’ONU a dénoncé « l’idée répugnante que l’on pouvait sacrifier les personnes âgées figurant parmi les plus vulnérables a commencé à se répandre… ».

Soit vieux et tais-toi !

Il est vrai qu’avec le gouvernement actuel, dès 2017, les retraités ont été traités à maintes reprises d’égoïstes et de privilégiés. Ils ont été opposés aux actifs et appauvris dans leur ensemble par de nombreuses mesures et dispositions (dont la baisse de 1,7 % des pensions par leur gel et l’augmentation de 25 % de la CSG). Notre statut de retraités a été bafoué en tant qu’anciens travailleurs, producteurs de richesses après des décennies de travail et de cotisations, des cotisations versées d’une génération à l’autre.

Le Président de la République n’a eu de cesse de dévoyer la solidarité intergénérationnelle en déclarant que ce sont les travailleurs qui payent nos retraites et il s’est même permis de dénier aux retraités leur droit élémentaire d’être des acteurs de la vie économique et sociale au moment de l’affaire Legay à Nice.

Le cynisme du capitalisme : la théorie du « capital humain ».

Dans un monde où tout est marchandise et a un prix, la vie humaine ne fait pas exception. Son prix est celui des dépenses investies pour sa croissance et son éducation, il s’élève à 3 millions d’euros en Europe.
Une mort prématurée ne permet pas de rentabiliser cet investissement par la richesse produite pendant la vie active. Le prix de l’être humain diminue avec l’âge…

Un calcul cynique et théorique conclut que l’arrêt de l’économie a fait perdre 193 milliards, mais que cela est rentable si 83 700 vies ont été sauvées…

Dans ce monde, les profits valent plus que nos vies !

Les jeunes d’aujourd’hui sont les vieux de demain : une vérité à rappeler !

Tenir ce type de débat, c’est donner la possibilité à bien d’autres dérives criminelles, au risque de nous ramener aux heures les plus sombres de notre histoire : pourquoi ne pas faire un « tri » de certaines catégories de la population, ceux et celles considérées comme inutiles à la société car improductifs, du fait de leur âge, de leur maladie, de leur handicap, ceux ou celles n’ayant pas la couleur de peau « normale », ceux ou celles de certaines ethnies, etc.

Dans ces déclarations odieuses, c’est bel et bien l’humanité dont il est question, c’est la cohésion sociale entre les plus jeunes et les plus âgés qui est attaquée, c’est le « vivre ensemble » entre générations et la solidarité dans toutes ses dimensions qui sont attaqués. Cette solidarité, nos services publics, notre système de santé avec l’hôpital public, nos retraites basées sur la solidarité, ont été dans la ligne de mire et la cible du gouvernement.

Nous en payons le prix fort pendant cette pandémie : pendant la crise sanitaire, nous voyons déjà celles et ceux qui ont contribué à affaiblir les services sanitaires du pays se préparer à poursuivre leur politique d’accaparement des richesses et des pouvoirs pour la minorité privilégiée.

Communiqué UNIRS du 11 mai 2020